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Extraits de l'ouvrage:

 

 « La signature du Traité de Guadalupe Hidalgo qui permit la cession d’une part du territoire mexicain aux États-Unis, fut, dans une large mesure, à l’origine de pratiques discriminatoires constantes à l’égard de la population hispanique vivant, pour certains de ses membres, depuis des générations sur ces territoires. Lorsque l’économie nord-américaine était favorable, les États-Unis encourageaient ponctuellement l’immigration mexicaine.[...]

Cependant, cette population, à la recherche d’une vie meilleure, ne cessa jamais de venir aux États-Unis, même si la situation économique se dégradait dans ce pays. Cette immigration continue ne fit qu’alimenter le rejet et la crainte à l’encontre des Latinos. Des politiques limitant ces flux de personnes furent mises en place régulièrement pour lutter contre l’immigration clandestine, bien souvent en vain ».

 « C’est l’annexion du Texas votée par le congrès nord-américain en 1845 qui déclencha la guerre entre le Mexique et les États-Unis. Cette guerre se termina par le Traité de Guadalupe Hidalgo en 1848. Il ratifie l’emprise des États-Unis sur les territoires mexicains situés au nord du Rio Grande. Ce territoire correspond aux États actuels de Californie, du Nouveau-Mexique et de l'Arizona, ainsi qu'à une partie de l'Utah, du Nevada et du Colorado. Dans ce traité, les États-Unis se voyaient céder ce territoire, pour 15 000 000 dollars versés au Mexique (article XII du Traité). Même si le traité leur accordait un an pour déclarer leur intention de conserver la nationalité mexicaine, dans les faits, la grande majorité des Mexicains vivant sur ces territoires acceptèrent de devenir américains du jour au lendemain ».

 « À l’aube du XXe siècle, pratiquement aucun prêtre d’origine mexicaine n’avait été nommé. Les fidèles catholiques hispaniques s’éloignèrent donc des structures formelles de l’Église catholique, se sentant isolés de la communauté anglo-saxonne. Avant le concile de Vatican II, l’Église américaine a trop longtemps tenté d’américaniser ces populations faute d'évangéliser et d’accueillir les chrétiens des autres pays, avec leurs différentes façons de vivre leur foi et de célébrer le Christ. Au lieu de s’enrichir de ces différences culturelles, elle a eu une trop grande tendance à se recroqueviller sur elle-même et à tenter d’imposer ses vues, comme étant les seuls modes valides d’exprimer son adhésion à l’Église catholique ».

 « Aux États-Unis en effet, l’Église catholique s’identifia longtemps aux Irlandais et à la cause nationale irlandaise. La persécution et la discrimination, dont cette Église fut victime aux États-Unis, renforcèrent la solidarité qui existait entre les fidèles et les institutions ecclésiastiques. Forte de ses fidèles très attachés à leur Église, celle-ci donna naissance à un personnel ecclésiastique très puissant et structuré grâce à son pouvoir centralisateur. Quand de nouvelles vagues d’immigration arrivèrent aux États-Unis, elles y trouvèrent cette Église « irlandaise » déjà solidement implantée ».

 « Les différences entre les catholiques et les protestants étaient d’ordre théologique mais on ne peut pas ignorer une différence culturelle plus grande encore : les protestants américains pensaient qu’ils sauvaient les catholiques mexicains des ténèbres, notamment de l’idolâtrie. La motivation principale du désir d’américaniser les Mexicains-Américains trouvait son origine dans l’idéologie politique du XIXe siècle, la « Destinée Manifeste ». Cette idéologie dominante au XIXe siècle laissait entendre que les États-Unis étaient supérieurs sur le plan racial, religieux et militaire au reste du monde. Cette pensée supposait que ce pays était prédestiné à régler ses affaires et celles des pays dans sa sphère d’influence. Une telle certitude venait du fait que la « Destinée Manifeste » contenait en elle une notion religieuse, à savoir que la bénédiction providentielle de Dieu reposait sur les États-Unis. L’attitude de nombreux évangéliques traduit cette croyance en la supériorité du peuple nord-américain. Pour eux, devenir protestant signifiait devenir anglo-américain et de ce fait, dénigrer les pratiques religieuses des Mexicains-Américains devenait donc légitime ».

 « Tout en permettant aux Latinos de conserver leurs traditions, les Églises protestantes, en partie grâce à leur diversité, peuvent pourvoir aux besoins de la population hispanique de manière diversifiée. Elles peuvent satisfaire leurs attentes tant sur le plan spirituel que social ».

 « De nombreux fidèles des Assemblées de Dieu recherchent l’expérience de certains charismes (guérisons spirituelles, glossolalie…). L’importance accordée aux réactions émotionnelles et physiques de ses adeptes est aisément assimilée par une population hispanique, en général largement sous-éduquée et connaissant déjà une forme hybride de catholicisme mêlée de rites païens. Cependant toutes les dénominations marginales ne privilégient pas ce type de réactions sensibles. En effet, beaucoup de dénominations protestantes marginales sont fondamentalistes ».

 « Être politique, signifie se demander ce que l’on peut et ce que l’on doit faire ensemble pour réaliser la justice et la compassion, au regard des difficultés qui existent ça et là. La nécessité de la présence de l’Église dans la politique provient du plus intime de la foi chrétienne. La Conférence générale des évêques réunie à Puebla en 1991, loin d’exclure la dimension politique de la vie chrétienne, semble au contraire encourager chacun, plus spécialement les membres du clergé, à bien envisager les problèmes humains dans leur globalité, pour ne pas restreindre les effets de la vie spirituelle ».

 « De même, il fut un temps où l’« United Farm Workers Union » (UFW), considérait les migrants clandestins comme une gêne contrariant ses efforts pour organiser les travailleurs agricoles, en lutte contre les propriétaires terriens qui les employaient et bien souvent les exploitaient. À l’opposé, aujourd’hui ils considèrent les travailleurs migrants, en général clandestins, comme une population à soutenir. Ils sont en effet parfois traités comme des produits économiques plutôt que comme des êtres humains ».

 « Ainsi, de nombreuses communautés religieuses, notamment l’Église presbytérienne, ont soutenu, en 2002, le boycott du Taco Bell qui par exemple pour l’achat de tomates profitait des faibles coûts de l’industrie agricole pour faire des bénéfices. [...]

Étranglés, les exploitants agricoles qui ne pouvaient pas demander à Monsanto de payer le carburant moins cher ou à leur banque de baisser ses taux d’intérêts, n’augmentaient pas les salaires de leurs ouvriers agricoles, bien souvent clandestins et sans droits syndicaux. De cette manière, la restauration rapide ou la grande distribution créaient les conditions favorables à la paupérisation, mais aussi à l’esclavage de nombreux ouvriers agricoles.[...]

Les boycotts ont permis aux clients et aux Églises de dire qu’il est important que la nourriture fournie dans la restauration rapide soit servie, non seulement avec rapidité, mais soit également produite de manière juste et dans le respect des droits des salariés agricoles ».

 « L’Église catholique a pris des positions similaires concernant la réforme sur l’immigration. Il faut pourtant dire à cet égard que l’opinion des Latinos sur l’immigration est loin d’être monolithique. Même si seulement une minorité est concernée, toutes les personnes d’origine hispanique ne sont pas défavorables à la protection des frontières. Certaines font même partie des milices qui patrouillent le long de la frontière, prétendant qu’il ne s’agit pas de racisme, mais simplement d’un souhait de mettre fin à l’immigration clandestine.

Si les Latinos pensent, dans leur ensemble, que les clandestins n’ont aucun droit de travailler aux États-Unis, ils estiment qu’il est normal que leurs enfants puissent aller à l’école. Ainsi, 27 % des citoyens américains d’origine hispanique considèrent que l’immigration clandestine n’est pas favorable à l’économie du pays et 32 % seulement d’entre eux s’inquiètent des déportations des clandestins. Ils sont 35 % à considérer qu’il y a trop d’immigrants ».

 « L’Église catholique américaine exerce un pouvoir réel dans le pays. Conscients de cette force, les Hispaniques ont été souvent déçus par l’absence de prise de position de cette Église, lorsqu’il s’est agi de défendre leurs droits. Cependant, le mouvement de 2006 devait voir l’Église catholique impliquée auprès des Latinos, comme jamais elle ne le fit auparavant. [...]

En effet, le 16 décembre 2005, la Chambre des Représentants, dominée par le parti républicain, avait fait passer une mesure draconienne contre l’immigration clandestine. Cette mesure était défendue par le républicain du Wisconsin Jim Sensenbrenner qui navigua sur la vague de craintes liées aux attaques du 11 septembre pour étayer son point de vue. Alors que le fait de demeurer sans autorisation sur le territoire américain était et reste un délit, l’objectif du projet de loi était de criminaliser cette immigration clandestine. [...]

Une vague de protestations accompagna cette mesure. Alors qu’elle était présentée devant le Sénat, des manifestations gigantesques eurent lieu dans tout le pays. Le 25 mars, à Los Angeles, selon le Los Angeles Times, ils étaient 500 000 à manifester dans la rue au cri de « ¡ Sí se puede ! » (« Oui, nous pouvons » repris par Barack Obama dans sa campagne, mais rendu célèbre dans les années 1970 par César Chávez) ». [...]

 « Samuel Huntington, professeur réputé en Sciences Politiques à Harvard, dans son analyse du « Défi Hispanique », redoutait que les Hispaniques ne forment une nation séparée à l’intérieur des États-Unis, un « Québec hispanique ». Avec les Latinos il y aurait un risque de division nationale avec deux cultures et deux langues différentes ».

 « Pourtant, globalement, les Hispaniques continuent d’occuper en masse des postes peu qualifiés, même s’il est réel que les entrepreneurs hispaniques sont de plus en plus nombreux. [...]

Ainsi se forme une bourgeoisie hispanique, qui en s’élevant dans l’échelle sociale cherche à juste titre à être prise en considération, sur le plan politique notamment. On voit ainsi peu à peu apparaître des Hispaniques désirant accéder à des positions politiques. De même, ceux qui réussissent ont tendance à quitter le quartier où ils ont grandi, pour s’établir dans des quartiers plus résidentiels ».

 « La campagne présidentielle de 2008 elle-même a été largement influencée par la religion. Les convictions religieuses de Sarah Palin ont en partie été la raison de sa nomination comme vice-président. Son identité religieuse devait convaincre certains conservateurs, peu enclins à soutenir McCain, de voter quand même pour lui. Obama fit également appel à deux pentecôtistes, Leah Daughtry et Joshua Dubois, au cours de sa campagne ».

 « Le prosélytisme et le succès croissants des dénominations chrétiennes les plus marginales ont permis à l’Église catholique nord-américaine de prendre conscience de ses déficiences à l’égard de la communauté hispanique.[...]

À cet égard, il est encore trop tôt pour préjuger de l’efficacité de la nouvelle politique de l’Église catholique pour endiguer l’hémorragie de sa composante hispanique. La seule présence des Hispaniques aux États-Unis appelle l’Église entière à se rappeler son universalité, pour travailler ensemble un monde où il n’y a pas de frontières de race, de culture ou de langue, pour créer un pont qui unit des espoirs et des rêves communs. Les Latinos constituent un défi prophétique pour le renouveau de l’Église américaine. L’Église catholique nord-américaine du futur sera sans nul doute plus hispanique, plus charismatique, plus populiste et peut-être plus mystique ».

  

 

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